Plus qu’un sport, une véritable aventure de 5 jours, 4,5 nuits, 550km, 15000m de dénivelé positif, 8h de sommeil et le tout, en autonomie. Des 10e de cartes marocaines au 1/50.000e parcourues, parfois très approximatives, pour trouver 60 balises, bien sûr sans GPS !

Le règlement impose 4 membres dont minimum une femme et un homme. Je suis donc partie avec mes 3 coéquipiers expérimentés, Yannick, Raphael et Rémi, lundi à 14h de Ait Ben Haddou pour parcourir tant les déserts marocains à plus de 40°C, que les sommets de l’Atlas enneigés affichant -15°C en ressenti.
Après 108h d’effort, nous obtenons une incroyable 5e place !
Vous trouverez ci-dessous le détail des 9 étapes selon ma vision.
Dimanche soir après le briefing annonçant des changements de parcours, nous modifions la répartition des caisses (matériels et nourriture, avec un poids imposé par l’organisation). Couchés vers minuit après avoir déposé les fameuses caisses ainsi que la caisse vélo, pesant chacune 25kg.
Lundi matin, après 3h de bus au départ de Marrakech, nous arrivons au lieu de départ de l’aventure, à Ait Ben Haddou.
Étape 1 : 50 km de trek en 9h dans le désert caillouteux en pleine chaleur jusqu’à Ouarzazate.
Une 1ère course d’orientation dans la magnifique vielle ville, avant la traversée du désert. Nous progressions à un rythme confortable pour éviter de subir la chaleur, en attendant la nuit. Je suis dans mon élément. Nous apprendrons à la fin de l’aventure que nous finissons ce trek à la 25e place.


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Étape 2 : 120 km de VTT et 2500 m de dénivelé positif en 20h.
Début de la 1ère nuit. 120km dont une 1ère partie que je qualifie d’affreuse ! Toute une nuit pour faire seulement 20km, sans chemin, entre une route interdite (sinon pénalité de plusieurs heures) et un lac infini ayant recouvert le seul chemin existant… Il a beaucoup plu au Maroc ces dernières semaines, ce qui rend de nombreuses routes impraticables. Porter un sac de 10kg et son VTT sur des cailloux et des arbustes aux épines saillantes est difficile. Nous les évitons, comme nous pouvons. Malgré tout, des 100e de trous par pneus, oui, des 100e ! Je dégonfle à plusieurs reprises, quelques mèches sur les plus gros trous, mais heureusement le préventif fait effet et rebouche nos trous.
Nous avions prévu de ne pas dormir la 1ère nuit. Le 2e jour se lève, mardi, et nous continuons toute la journée sur nos VTT, en passant des cols à environ 2700m hors sentiers, au milieu des cailloux. Mon cerveau a occulté cette partie de VTT, tellement la nuit me fût éprouvante. Fin du 1er VTT après un peu moins de 20h !


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Étape 3 : trek de montagne dans l’Atlas enneigé.
Début de la 2e nuit. Nous dormons 2h à la transition avant de commencer 50km de trek de montagne dans l’Atlas avec 3500m de D+. La nuit de 2h dans la tente de l’organisateur sous le vent, à même les cailloux et les autres participants parlant et/ou ronflant « forts » me furent incommodes. J’ai eu très froid, tout en dormant gainée pour ne pas glisser et tenter de me réchauffer. Nous partons vers 22h. Nous commençons ce trek par une traversée d’un cours d’eau montant jusqu’aux hanches, à 4 bien accrochés pour ne pas se faire emporter par le courant. Les pieds seront donc mouillés dès le début permettant ainsi aux ampoules et crevasses de mieux prospérer.
Nous croisons pendant la nuit la team Nantes Aventures qui cherchait la même balise que nous. Mais introuvable… (nous apprendrons plus tard qu’elle avait effectivement disparu). Nous avançons ensemble. Vers 4h, le terrain devenant plus complexe, impossible de trouver notre chemin sans visibilité. Nous nous installons donc à 8, pour dormir 2h avec nos duvets ultra light (type couverture de survie) à l’abri du vent au bord d’un reste de mur en pierre… Je dors une nouvelle fois gainée pour tenter de supporter le froid. La condensation du duvet de fortune me réveille au bout de quelques minutes, je jongle entre le rêve et l’éveil, entre la fatigue et le froid. Le jour se lève enfin. Il fait encore très froid.
Nous progressions lentement avant de gravir un col enneigé à environ 3600m avec crampons de ski sur les baskets de trail sous un vent étourdissant à environ 100km/h ! Mettre ses crampons avec un tel vent… une épreuve en soit ! Porter des crampons inadaptés aux baskets, s’enfonçant profondément dans les tendons d’Achille, sans pouvoir se baisser pour les mettre autrement, de peur de se faire jeter par ce vent dans cette pente raide et enneigé, est également une épreuve. Le syndrome de Raynaud atteint 3 de la team. Nous avançons au mieux.
Après la longue descente en crampons, nous faisons une pause dans l’unique refuge que nous verrons et y mangeons une omelette énergisante accompagnée d’un thé très sucré. Les deux équipes se séparent. Nous finissons ce trek d’environ 17h par une descente technique et interminable dans un pierrier sous une chaleur écrasante.

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Étape 4 : VTT 100 km et 3000 m de D+
VTT d’environ 19h, divisé en 2 étapes. 1ère partie portage de VTT (une montée raide et une descente dans un canyon, oui, oui, avec le VTT en mode « portage » en traversant sans cesse l’eau du canyon). Nous y croisons de nouveau la team Nantes Aventures et faisons un bout de chemin ensemble.
Début de la 3e nuit. Dodo de 2h enfin au chaud sous des anciennes couettes berbères avec omelettes marocaines. La team Nantes continue son trajet. Puis c’est reparti pour nous, en pleine forme pour finir la nuit sur nos VTT. J’ai pris le soin avant de repartir, de mettre un morceau de couverture de survie entre mes chaussettes mouillées et mes baskets : entre macération au chaud ou congélation des pieds au vent, il faut choisir !
J’avoue avoir eu peur à plusieurs reprises sur cette partie ; le vent était si violent que je suis tombée plusieurs fois, poussée par le vent et « caillassée » violement, tant le corps que le visage.

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Étape 5 : trek rogaine 50 km et 2000 m de D+
Un trek si magnifique qu’aucun mot ne peut le décrire, ni même les photos. La vue est magnifique : chemins en balcon, falaises, canyons, crêtes, vielles maisons en terre et ses rares habitants d’un autre temps. Nous nous activons pour prendre le plus de balises de jours, nous en prenons 17 sur 20 de jour.
La 4e nuit est tombée sur la fin de ce trek. La chaleur était très intense mais au regard de l’orientation très complexe, il était préférable de l’arpenter de jour.

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Étape 6 : VTT 60 km et 2000m de D+
Après 1h30 de pause « dodo », nous commençons ce VTT vers 2h du matin. J’ai envie de dormir, d’ailleurs je me surprends à dormir à plusieurs reprises. J’attends que le jour se lève pour en finir avec ce moment interminable. Malgré le froid violent, je dors sur mon vélo tout en continuant à rouler. Le jour se lève enfin, l’envie de dormir s’estompe. Une nouvelle journée s’offre à nous, la 5e (vendredi).
Au regard des sections précédentes, nous pensions qu’il s’agissait d’une section de transition jusqu’au kayak, mais non…
La dernière balise n’est pas accessible à vélo, nous devons donc porter et pousser nos vélos. Le portage et le « poussage » de vélo à travers la végétation et le canyon, sans compter le sac à dos, le matériel obligatoire et toute la nourriture, sont les moments les plus difficiles pour moi. Ce sont dans ces moments où je n’arrive pas à accrocher le groupe. J’avance à mon rythme. Une fois le chemin trouvé, une longue descente sympathique nous attend jusqu’au lac et son barrage Bin El-Ouidane.


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Étape 7 : kayak
26km de kayak sur un lac de montagne magnifique en pleine journée et son barrage Bin El-Ouidane. Le vent s’est levé qu’au dernier quart de cet étape, bien évidement de face. Nous ramons fort ; Yannick, mon binôme en kayak, encore plus ! Nous ne sommes pas à plaindre comparé aux équipes qui ont eu le vent sur l’intégralité de l’étape.
Nous l’apprendrons que plus tard, mais nous étions 3e de la course en sortant du kayak ! N’étant pas expérimentée dans ce sport et ayant la sensation de ne pas avancer, je pensais que nous étions plutôt en milieu ou fin de classement.

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Étape 8 : VTT 50 km et 1500 m de D+
Je pensais qu’au regard de la difficulté des 1ères étapes, il y aurait une accalmie à ce stade de la course, et bien non ! Des parties très techniques, un dénivelé à n’en plus finir et une chaleur caniculaire !
Nous nous faisons doubler par une équipe française et une équipe suisse qui visiblement n’étaient pas dans le même état d’esprit que nous. Les français nous apprennent qu’ils sont 4e et qu’ils courent après les 3e. Après quelques secondes, je réalise que nous sommes au pied du podium. Même si je suis ici en mode découverte d’un sport si exigeant et lunaire, mon esprit de compétitrice s’active, je prends des risques (mesurés) en descente, mon appréhension à VTT a totalement disparu, c’est étrange, l’excitation monte. En revanche mon sac étant si lourd et si lacérant que je n’arrive pas à suivre mes coéquipiers dans les côtes. Ma motivation de compétitrice redescend, je reviens à ma place, hors compétition, et reprends mon rythme de croisière.
Dernière étape de 8h : trek + cordes.
10km annoncés. Dernière étape. Dodo de 15min avant de l’entamer à 19h15. Vu la définition de l’étape, nous envisageons 3h, mais c’était sans connaître la petite surprise. Traverser un canyon en eau, bordé de falaises infranchissables ou de jungle également infranchissable… L’organisateur nous indique à ce moment, qu’il faut 7h de jour, et bien plus de nuit…
Nous entamons cette dernière section par un rappel de 25 mètres et non atterrissons au fond de la rivière les jambes dans l’eau.
Après 1h45 de jour, la nuit arrive. Nous comprenons que nous ne serons jamais rentrés pour l’apéro ! Nous devons par moment nager avec nos sacs gorgés d’eau. Trempée, le froid me saisit, n’ayant que ma polaire non trempée, me voilà vêtue uniquement de ma couverture de survie enroulée sur mon buste, sous ma polaire ! On avance vite, mes coéquipiers créent des chemins dans la jungle, bras nus en sang, surtout celui que l’on surnomme le Yéti, transcendé d’être dans son élément. Je les suis, je suis essoufflée, même si la vitesse moyenne de progression est d’environ 1,5km. Mes jambes sont lacérées, les leur encore plus ! Mais nous préférons progresser entre jungle et falaises plutôt que de retourner nager dans l’eau, de nuit. La combinaison de canyoning était optionnelle, nous avons fait le choix de ne pas la prendre, seules 2 équipes ont fait ce choix… C’est juste un choix, à un instant.
L’arrivée approche, mais comme tout au long de ce raid, dont la définition est selon moi : « toujours plus », nous croisons des organisateurs au niveau de la cascade, nous la traversons longés sur des cordes. De nouveau trempée et frigorifiée, j’avance sans rien dire. Petite surprise, encore quelques kilomètres et du dénivelé non optionnels, car l’arrivée n’est pas là ! Arrivée au village vers 2h du matin, impossible de trouver l’arrivée, non précisément indiquée sur notre carte au 1/50000e ! Nous finissons par la trouver après des aller/retour interminables, et sommes accueillis autour d’un thé à la menthe aux cascades d’Ouzoud.
Il s’agit de mon 2e raid aventure, et une nouvelle fois, une arrivée de nuit. Nous entendons les fameuses cascades, sans les voir.




Nous prenons une chambre d’hôtel pour finir cette 5e nuit au chaud, après une courte douche, bien évidemment… froide. Nous n’avons que nos 2-3 barres écrasées au fond du sac pour nous ravitailler, vivement le petit-déj !
Fin.
Samedi, après un petit déjeuner avec les autres équipes, nous trions, rangeons nos affaires, nos déchets. Les VTT sont dans un triste état. Puis, une très belle soirée de clôture (sans alcool) achève cette aventure hors norme.
Dimanche matin, retour à Marrakech.
Après ces 5 jours et nuits extrêmes, l’aventure se termine. Des souvenirs inoubliables, malgré les petits bobos (surtout avec la selle du vélo et le défaut d’hygiène !!) et le manque de sommeil qui perdurent plusieurs jours.
Merci à mes 3 coéquipiers sans faille, 3 orienteurs qui ont su se compléter, Yannick et Raphael, les indestructibles et Rémi, le sage.
Merci à tous pour vos encouragements et aux organisateurs pour cette aventure hors norme. Mention spéciale au bénévole qui est resté 40h au col enneigé et venteux dans sa petite tente soumis aux rafales de vent violentes et bruyantes.
Charlène, l’apprentie raideuse.


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